Calcul d'une panne bois selon l'Eurocode 5
La panne est la poutre horizontale qui porte les chevrons ou les bacs de couverture d'une toiture. Son dimensionnement selon la norme NF EN 1995-1-1/NA (Eurocode 5) combine flexion, cisaillement, compression aux appuis et flèches — avec une spécificité majeure : la pose en dévers, qui génère de la flexion déviée.
Les charges appliquées à une panne
Une panne de toiture reprend quatre familles d'actions, exprimées en daN/m² de rampant ou de projection horizontale, puis converties en charge linéique via l'entraxe entre pannes :
- G — charges permanentes : poids de la couverture, liteaux, chevrons, isolant et poids propre de la panne ;
- S — charge de neige selon NF EN 1991-1-3/NA (zone, altitude, pente de toiture) ;
- W — action du vent selon NF EN 1991-1-4/NA (pression ou dépression selon les zones de toiture) ;
- Q — charge d'entretien (catégorie H), généralement une charge ponctuelle de 100 daN.
Ces actions sont ensuite combinées aux États Limites Ultimes (ELU, coefficients 1,35 G + 1,5 S/Q/W avec les facteurs ψ0 d'accompagnement) et aux États Limites de Service (ELS) pour les flèches. Un calcul de panne complet mobilise couramment une quinzaine de combinaisons.
Pose à l'aplomb ou pose en dévers ?
C'est le point qui distingue la panne de toutes les autres poutres :
- Pose à l'aplomb : la panne est verticale, les charges gravitaires travaillent uniquement sur son axe fort. Le calcul est celui d'une poutre en flexion simple.
- Pose en dévers : la panne est perpendiculaire au rampant, inclinée de la pente α de la toiture. Les charges gravitaires se décomposent alors sur les deux axes de la section.
Exemple : pour q = 200 daN/m et une pente de 30°, la composante sur l'axe fort vaut 200 × cos 30° ≈ 173 daN/m et la composante sur l'axe faible 200 × sin 30° = 100 daN/m. La panne fléchit donc dans les deux plans simultanément : c'est la flexion déviée.

La vérification en flexion déviée (EC5 §6.1.6)
L'Eurocode 5 impose de combiner les contraintes de flexion des deux axes avec le facteur de redistribution km = 0,7 pour les sections rectangulaires :
σm,y,d / fm,y,d + km · σm,z,d / fm,z,d ≤ 1km · σm,y,d / fm,y,d + σm,z,d / fm,z,d ≤ 1
avec fm,d = kmod · fm,k / γM. Pour un bois massif C24 : fm,k = 24 N/mm² et γM = 1,3 ; pour un lamellé-collé GL24h : fm,k = 24 N/mm² et γM = 1,25. Le kmod dépend de la classe de service et de la durée de la charge dominante (voir notre guide kmod / kdef).
Les flèches doivent être vérifiées dans les deux plans, puis combinées en flèche résultante. La flèche sur l'axe faible est souvent dimensionnante en dévers : elle croît avec sin α et l'inertie faible de la section est bien moindre.
Les autres vérifications obligatoires
- Cisaillement (§6.1.7) : τd = 1,5 · Vd / (kcr · b · h) ≤ fv,d, avec le coefficient de fissuration kcr ;
- Compression perpendiculaire aux appuis (§6.1.5) : σc,90,d ≤ kc,90 · fc,90,d, avec majoration de la surface d'appui efficace de 3 cm par côté libre ;
- Déversement (§6.3.3) : vérification au flambement latéral-torsionnel via kcrit si la membrure comprimée n'est pas maintenue ;
- Flèches ELS : Winst(Q), Wnet,fin et Wfin comparées aux limites du type d'ouvrage (voir notre guide des flèches admissibles).
Panne sur 2, 3 appuis ou avec porte-à-faux

Une panne continue sur 3 appuis est hyperstatique : la réaction de l'appui central et le moment sur appui ne se calculent pas avec les formules simples de la poutre isostatique. Le moment négatif sur l'appui intermédiaire est souvent dimensionnant, et la réaction de l'appui central peut dépasser de 25 % la somme des demi-travées. Les configurations avec porte-à-faux (PAF) unilatéral ou bilatéral ajoutent des moments d'encorbellement qui soulagent la travée mais chargent les appuis.
Questions fréquentes
Quelle section de panne pour 4 mètres de portée ?
Il n'existe pas de réponse universelle : la section dépend de l'entraxe, de la zone de neige, de l'altitude, de la pente, du matériau et du mode de pose (aplomb ou dévers). À titre d'ordre de grandeur en toiture courante, des sections de 75×225 à 100×250 mm en C24 sont fréquentes pour 4 m — mais seul un calcul Eurocode 5 complet le confirme.
Le vent peut-il soulever une panne ?
Oui. En zone de rive ou d'angle de toiture, la dépression du vent (soulèvement) peut dépasser le poids propre : la combinaison G + 1,5 W avec G favorable (coefficient 1,0) crée alors une flexion inversée qui met la membrure inférieure en compression, d'où un risque de déversement à vérifier.
Faut-il toujours poser les pannes en dévers ?
Non. La pose en dévers simplifie la liaison avec les chevrons mais pénalise fortement la panne (flexion déviée, flèche latérale). La pose à l'aplomb est structurellement plus efficace ; le choix relève du détail constructif de la charpente.
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